Saura-t-on un jour la véritable identité du pseudo Satoshi Nakamoto, le créateur supposé du Bitcoin ?

Le ‘white paper’ du Bitcoin a été publié par un certain Satoshi Nakamoto le 31 octobre 2008. On trouve dans ce livre blanc la description de la blockchain, cette technologie qui a permis le formidable essor du BTC, ce jeton numérique dont la valeur et la notoriété ont énormément progressés depuis l’extraction du premier bloc Bitcoin en janvier 2009 (Voir les dates clés de l’histoire des cryptomonnaies). On pense que ce ‘Satoshi Nakamoto’ (un pseudo ?)  détiendrait quelque part entre 750 000 et 1,1 million de BTC. En novembre 2021, lorsque le cours du Bitcoin a atteint son pic record au-dessus des 67 500 dollars, les avoirs en bitcoins du pseudo au nom japonais auraient valu de l’ordre de 73 milliards de dollars, faisant de lui le 15ème homme le plus riche de la planète.

Malgré l’immense richesse supposée de Nakamoto et son énorme aura au niveau mondial, la véritable identité du créateur de Bitcoin n’a jamais été révélée. Les portefeuilles Bitcoin de Nakamoto sont surveillés de près par de nombreux observateurs, et les énormes fonds qu’ils contiennent n’ont à ce jour jamais été déplacés. Cela a conduit certains à penser que le créateur du Bitcoin pourrait ne plus être en vie. Mais si des mouvements de fonds devaient soudainement surgir sur l’un des portefeuilles Bitcoin associés à Nakamoto, cela enverrait des ondes de choc dans toute la crypto-sphère. Cela nous amène à parler d’une autre possibilité : Nakamoto pourrait être en vie, mais n’aurait jamais accédé à ses immenses fonds afin d’assurer la stabilité à long terme de la crypto-monnaie qu’il a créée.

De nombreux noms ont été évoqués comme identités présumées de Satoshi Nakamoto. Des journalistes d’investigation ont suggéré des noms ; certaines personnes ont même prétendu être le vrai Satoshi Nakamoto. Sans réponses claires, voici les principales pistes pour espérer connaître un jour la véritable identité de Satoshi Nakamoto.

Le mathématicien japonais-américain à l’homonyme presque parfait : Dorian S. Nakamoto

En 2014, Leah McGrath Goodman, journaliste à Newsweek, a affirmé avoir découvert l’identité du créateur de Bitcoin. Alors que beaucoup supposaient que Satoshi Nakamoto était un pseudonyme, la journaliste a découvert qu’un japonais-américain de 64 ans vivant à Temple, en Californie, portait le nom de Satoshi Nakamoto. Mais, comme nous allons le voir, sa découverte ne se limitait pas à une simple coïncidence de noms.

Intriguée, Leah McGrath Goodman s’aperçoit, en effet, que Nakamoto a étudié la physique à la ‘State Polytechnic University’ de Californie. Elle contacte aussitôt des membres de sa famille et on lui raconte que c’est un mathématicien et ingénieur doué, et qu’il a travaillé sur des projets hautement classifiés pour le gouvernement et des entreprises privées après l’obtention de son diplôme. Nakamoto a ensuite changé son nom en Dorian Nakamoto. La journaliste affirme qu’il a rarement utilisé le nom de Satoshi dans sa vie ultérieure, mais qu’il signait souvent des documents sous le nom de Dorian S. Nakamoto.

La fille aînée de Dorian Nakamoto a déclaré à Goodman que son père avait rencontré des difficultés financières majeures après avoir été licencié deux fois dans les années 1990. Elle a laissé entendre à la journaliste que cela avait provoqué chez lui une forte aversion pour les banques et le gouvernement. Ces découvertes correspondent bien à l’esprit rebelle que l’on perçoit en parcourant le livre blanc du Bitcoin.

Dès sa publication dans Newsweek, l’article de Goodman a fait grande sensation. Cependant, dans les années qui ont suivi sa sortie, beaucoup ont rejeté la théorie selon laquelle Dorian Prentice Satoshi Nakamoto était le vrai créateur du Bitcoin. Dorian lui-même a nié les affirmations dans diverses interviews avec les médias, en particulier lors d’une session Reddit ‘Ask Me Anything’.

Le collègue diplômé de Caltech: Hal Finney, voisin de Dorian S. Nakamoto

La première transaction Bitcoin a vu Satoshi Nakamoto transférer 10 BTC vers un portefeuille appartenant au développeur américain Hal Finney. Diplômé de la célèbre université de Caltech, Finney est apparu pour la première fois comme un activiste cryptographique de premier plan dans les années 1990. Au début des années 2000, dans la cadre de ses recherches, Finney créé un mécanisme de preuve de travail réutilisable. C’est ce type de mécanisme qui deviendra plus tard la base sur laquelle Bitcoin est miné et les transactions vérifiées sur la blockchain.

Aux débuts du Bitcoin, la proximité de Finney avec Satoshi Nakamoto a longtemps fait de lui un candidat de premier plan pour les enquêtes sur la véritable identité de Nakamoto. En 2014, Andy Greenberg, journaliste à Forbes, a découvert que Hal Finney vivait à quelques rues de Dorian Prentice Satoshi Nakamoto à Temple City, en Californie. Greenberg a avancé la théorie selon laquelle Finney avait rencontré Nakamoto et adopté son nom comme pseudonyme lors de la création de Bitcoin.

Dans le cadre de l’enquête Forbes sur les liens de Finney avec Nakamoto, des experts en rédaction ont été appelés à analyser des textes produits par Finney, Dorian Prentice Satoshi Nakamoto et le créateur auto-identifié de Bitcoin, Satoshi Nakamoto. Ces analyses ont conclu que l’écriture de Finney correspondait beaucoup plus au style éloquent et éduqué de Satoshi Nakamoto, un style que l’on retrouve dans les publications sur les forums du Bitcoin et dans le livre blanc original.

Atteint de la terrible maladie de Charcot, Finney est décédé en 2014. Jusqu’à sa mort, il a fermement nié qu’il était autre chose qu’un des premiers contributeurs à Bitcoin. Greenberg a interviewé Finney dans son article pour Forbes et a conclu qu’il disait la vérité sur le fait de ne pas être Satoshi Nakamoto. Mais dans un hypothétique futur lointain, cette piste pourrait bien être réouverte car Finney a pris soin … de se faire cryoconserver par la Fondation Alcor Life Extension !

Craig Steven Wright, l’auteur australien de la hard fork de Bitcoin Cash, qui s’autoproclame inventeur du Bitcoin

Alors que Hal Finney et Dorian Nakamoto ont tous deux nié avoir créé le Bitcoin, l’informaticien australien Craig Steven Wright a passé des années à se battre pour prouver qu’il est le vrai Satoshi Nakamoto. Son long combat pour la reconnaissance inclut sa création de la hard fork de Bitcoin Cash intitulée : ‘Bitcoin Cash Satoshi’s Vision’ et une réclamation de droit d’auteur déposée en 2019 pour la propriété du livre blanc sur le Bitcoin. Wright a également lancé une action en diffamation contre ceux qui nient qu’il est Nakamoto.

En 2015, ce sont les organes d’information technologiques Wired et Gizmodo qui ont enquêté sur Wright et qui l’on présenté comme un candidat à la véritable identité de Nakamoto. La publication de ces enquêtes a incité les autorités fiscales australiennes à faire une perquisition au domicile de Wright à la recherche de preuves le liant à la création de Bitcoin. En 2016, de nouveaux éléments ont été apportés à l’enquête, la BBC et The Economist ayant découvert que le geek australien avait signé des e-mails avec des clés cryptographiques liées aux premiers blocs Bitcoin extraits par Satoshi Nakamoto.

Des personnalités de premier plan dans le développement du Bitcoin ont soutenu les affirmations de Wright selon lesquelles il a créé la crypto-monnaie originale. Il s’agit notamment de l’ancien directeur de la Fondation Bitcoin, Jon Matonis, et de l’éminent développeur Gavin Andersen.

Cependant, d’autres ont mis en doute les affirmations de Wright. Il s’agit notamment d’Andy Greenberg, qui avait précédemment enquêté pour Forbes sur la possibilité que Hal Finney soit Satoshi Nakamoto. Greenberg a publié un article pour Wired apportant des éléments qui montrent que Wright pourrait avoir été impliqué dans un canular élaboré. Les affirmations de Greenberg ont été reprises dans de nombreux articles de presse ultérieurs.

La notoriété de Wright dans le monde de la crypto-sphère a atteint de nouveaux sommets lorsque ‘Bitcoin Cash Satoshi’s Vision’ a été créé en novembre 2018. Ce hard fork de la blockchain Bitcoin Cash a déclenché une guerre de taux de hachage intense et complexe entre des groupes miniers concurrents cherchant à sécuriser le contrôle du réseau Bitcoin Cash. Le chaos de la guerre de hachage a provoqué une forte baisse du prix du Bitcoin, envoyant son prix à un creux d’environ 3 250 $ en un an après avoir atteint des sommets d’environ 20 000 $.

Nick Szabo, le créateur de la crypto ‘bit gold’ et précurseur des ‘smart contrats ‘

Le programmeur informatique Nick Szabo est un autre geek que les journalistes ont lié au fait d’être derrière Bitcoin. En 1998, soit une entière décennie avant la publication du livre blanc sur le Bitcoin, Szabo a conçu une monnaie numérique nommée ‘bit gold’. Szabo est également crédité d’avoir inventé le terme de ‘smart contracts’, des contrats intelligents qui deviendront plus tard des éléments clé du réseau de la blockchain Ethereum. Juste avant la création de Bitcoin en 2008, Szabo a écrit sur son blog un article détaillant ses intentions de créer une véritable version de travail de la monnaie numérique qu’il avait proposée avec ‘bit gold’.

Parmi ceux qui ont identifié Szabo comme étant Satoshi Nakamoto figurent le blogueur Skye Grey, l’auteur financier Dominic Frisby et le journaliste du New York Times Nathaniel Popper. Szabo a répondu directement à ces affirmations dans un e-mail de 2014 à Frisby, niant qu’il était Satoshi Nakamoto.

Est-ce le visionnaire et entrepreneur à succès : Elon Musk?

Un large éventail d’autres individus ont été identifiés comme étant Satoshi Nakamoto. Parmi ceux-ci, beaucoup ont créé des profils en ligne prétendant être Nakamoto. D’autres ont été identifiés par des tiers, dont le PDG de Tesla, Elon Musk. Un stagiaire de SpaceX a publié un article sur Medium en 2017 affirmant que Musk aurait créé Bitcoin. Musk a nié cela dans un tweet. Ces dernières années, la promotion très médiatisée du Dogecoin par Musk suggérerait qu’il y a peu de vérité dans ces rumeurs ténues.

Et si c’était un groupe constitué de toutes les personnalités précédentes ?

De nombreux observateurs sont arrivés à la conclusion qu’il n’y a pas de Satoshi Nakamoto individuel. Au lieu de cela, diverses théories postulent qu’un petit groupe d’individus ou même une agence gouvernementale serait à l’origine de la création de Bitcoin. Craig Steven Wright lui-même a affirmé que Bitcoin avait été créé dans le cadre d’un effort de groupe comprenant également Hal Finney et l’expert en criminalistique informatique Dave Kleiman.

Une théorie qui a pris de l’importance pense que le nom Satoshi Nakamoto est en fait un acronyme des entreprises impliquées dans sa création. Cette théorie suggère que Bitcoin a été créé dans le cadre d’un projet conjoint impliquant les sociétés sud-coréennes et japonaises Samsung, Toshiba, Nakamichi et Motorola. Cette théorie est parmi les plus farfelues derrière la création de Bitcoin, et il y a peu de preuves convaincantes que cela puisse être vrai.

Qui est vraiment Satoshi Nakamoto ? Le saura-t-on jamais et veut-on le savoir ?

Le débat concernant la véritable identité du créateur de Bitcoin semble peu susceptible d’être résolu de sitôt. Les journalistes enquêtant sur son identité ont découvert de nombreuses pistes intéressantes et des coïncidences choquantes, mais peu de preuves concluantes.

Comme vous le savez, la décentralisation est un principe fondamental du réseau Bitcoin depuis la première publication de son livre blanc. Les plus grands partisans du Bitcoin sont attachés à l’idée d’un réseau sans figure de proue centrale. Le mystère entourant la véritable identité de Satoshi Nakamoto sert parfaitement cet objectif. Si Nakamoto était dévoilé et que des fonds devaient être déplacés de ses portefeuilles Bitcoin, cela pourrait avoir un effet catastrophique sur la confiance dans la crypto-monnaie d’origine.